MALI, la malédiction des coups d’État

26 - Octobre - 2020

En réalisant un coup d’Etat voici quelques semaines les militaires maliens n’ont pas adressé un bon signal, ni en Afrique, ni ailleurs dans le monde. Le XXIe siècle ne veut plus revivre les putschs et les juntes comme le vingtième siècle nous en trop offert, que ce soit avec le régime des colonels en Grèce ou les nombreuses dictatures sud-américaines.

Au Mali, la démocratie a été blessée et les élections qui avaient porté au pouvoir le président Ibrahim Boubacar Keita (IBK) ont été bafouées par des officiers qu’en d’autres temps on aurait qualifié de fêlons. Et la transition politique que vit actuellement le pays n’a été rendue possible que parce que IBK a préféré démissionner pour éviter une épreuve de force qui aurait été préjudiciable à tous, en particulier aux civils et se terminer dans le sang.
Il faut dans ces conditions se féliciter de la condamnation de la communauté internationale que ce soit l’ONU, l’Union Européenne, l’Union Africaine, et la CÉDEAO à l’égard de ce complot conduit par des officiers supérieurs. Toutes ces institutions se sont prononcées pour un retour rapide à l’ordre institutionnel. Depuis une décennie pratiquement plus aucun pouvoir militaire en effet n’a pris le pouvoir à l’exception précisément du Mali où déjà en 2012 lors d’un précédent coup d’État les militaires avaient dû transférer le pouvoir aux civils.

Il faut aussi se réjouir que la CÉDEAO ait, dès le mois d’août, condamné le coup d’Etat, qui est, faut-il le rappeler le 4ème en soixante ans avec un quatrième président renversé sur les cinq qui ont été élus. Il faut également reconnaître que le Mali connaissait une grande instabilité aussi bien sur le plan politique qu’en matière de gouvernance. Les problèmes économiques étaient là, le coronavirus aussi, le fait également que les écoliers maliens étaient déscolarisés depuis pratiquement deux ans, sans oublier la négation de l’aspiration des jeunes dans la perspective d’un renouvellement de la classe politique, n’étaient plus supportables par la population. A n’en pas douter ce pays, en proie aux actions terroristes dans le Sahel, a un besoin urgent d’un renforcement des institutions et une gestion plus vertueuse au sommet du pouvoir. Il faut aussi que les imams restent dans leurs mosquées et s’occupent de leurs fidèles mais pour cela convient-il que le président travaille dans l’intérêt du peuple car certains religieux comme l’imam Dicko jouent le rôle de thermomètre qui annoncent une montée de température lorsque les choses vont mal, que la situation est mauvaise. Ils doivent donc être entendus par le pouvoir en place.

Cette mutinerie des militaires était ainsi prévisible depuis plusieurs mois car plusieurs voyants étaient au rouge et aurait pu être évitée si le pouvoir en place avait davantage écouté la rue qui a travers de multiples manifestations dont la première, le 5 juin, contestait le résultat des élections législatives de mars dernier. La suivante, le 10 juillet, n’a été qu’une confirmation. Tous s’accordaient à reconnaître qu’IBK était déconnecté. Dans ces conditions, et face au refus de dialogue pouvoir-opposition, l’armée est vite apparue comme le seul arbitre possible. Il n’en reste pas moins que lorsque les militaires sortent des casernes et que les religieux mènent les revendications dans le but de faire plier le pouvoir ce n’est jamais bon.
Alors que le Mali a fêté le 2 septembre dernier le soixantième anniversaire de son indépendance ce pays doit s’inventer un nouveau destin.

 

Ibrahima THIAM,
Président du mouvement Un Autre Avenir

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